Nous nous refusons à faire tourner le frigo. Trop de consommation d’électricité et les apports du panneau solaire n’y suffirait pas. Il n’y a rien de plus énervant qu’un moteur qui tourne des heures pour remettre les batteries à niveau dans une baie fermée… De temps à autres, nous craquons pour un paquet de glace sous forme de « ice cubs »(*) que nous mettons dans le frigo, qui du coup se transforme en glacière pour quelques jours. (Pas mal pour l’ouzo ou l’  « aspro krassi » ou vin blanc)

(*) prononcez « AIE CE QUIUBE », sinon tintin pour en obtenir, Nous attendons que les 5 Kg soit à un prix raisonnable (soit 1 euro 50… en cette belle année 2013)

Quelques trucs glanés ça et la pour faciliter la vie du marin. Les bases de notre alimentation

- le pain crétois qui remplace allègrement le biscuit de mer sur lequel des centaines de matelots ont cassé leurs dents. Il n’y a pas que le scorbut qui a fait des ravages. En tous les cas, ce pain complet bio séché, à base d’orge est une pure merveille. Il suffit de le plonger très rapidement dans une assiette d’eau de chaque coté pour qu’il garde juste ce qu’il faut de craquant sous la dent. Nous le gardons plusieurs mois dans le Mayéro. Se méfier du pain complet local (« mavro psumi »), généralement réalisé à base de farine issue de blés traités outrageusement pour leur conservation.
- la féta de chèvre ou de brebis, que nous conservons dans des grands boites étanches avec de l’eau de mer . Certain(e)s n’aiment pas trop le goût iodé que cela lui donne et préfèrent seulement la mettre dans de l’eau salée. Chacun ses goûts ! Cette façon de faire permet de l’utiliser plusieurs semaines.
-l’huile d’olive, pour moi la meilleure de méditerranée je ne vous dis que cela… A un prix très abordable en plus. Elle remplace tous les corps gras avec l’avantage d’être très digeste et d’apporter une note exotique à tous les repas. Un peu de jus de citron ne nuit pas
les olives, les tomates séchées, les câpres . Alors là, petits conseils d’amis:nous prenons les olives sans saumure qui se conservent mieux et nous retenons la recette de Jacques pour les tomates . Il les pochent deux minutes dans l’eau bouillante avant de les entasser en couches en ajoutant entre elles des aromates et en recouvrant le tout d’huile d’olive. C’est parfait ! Pour les câpres , nous préférons les feuilles préparées sur les îles de la mer Égée, souvent artisanalement et pas toujours connues dans le reste de la Grèce. Ils se préparent comme des cornichons : les laver, les sécher, les mettre dans du sel 12 heures puis les entasser dans des bocaux, les couvrir de vinaigre bouillant, retourner les bocaux 24 heures, laisser macérer .
-les légumes que nous mettons dans des paniers ajourés, dans des sacs en papier au noir. Choisis si possible pas trop murs , sans être passés par un frigo (vive les marchés!!!) , les tomates peuvent se garder 10 jours tout comme les poivrons, les oignons l’ail et les pommes de terre, les agrumes beaucoup plus , les aubergines et les courgettes rarement plus d’une semaine… Nous épluchons systématiquement les tomates avec un outil spécial:un bonne astuce pour éviter les problèmes gastriques. Ce fruit est en effet à l’origine de la plupart des « tourista ».
- les œufs, bien sûr et les fromages que nous achetons en tomme pour prolonger leur conservation. Cela convient bien à Chantal qui se contente facilement d’un menu végétarien.
- le couscous complet, facile et rapide à cuire, est plus difficile à trouver sur place et surtout beaucoup plus cher. Contrairement au riz et aux pâtes, il ne se conserve pas indéfiniment et a tendance à rancir. Le faire revenir dans de l’huile, ajouter le même volume d’eau bouillante. Couvrez. Attendre 5 mn c’est fini. Autre proposition : faire fondre des légumes dans une casserole avec de l’huile d’olive. Quand ils sont cuits , rajouter le couscous, épicer, le faire revenir avec les légumes, rajouter un peu moins du volume d’eau (il y a le jus des tomates et courgettes) . Chauffer jusqu’à légére ébulition. Couvrir . Après 5mn c’est fini.
- et la besson, évidemment sous forme de vin en petit container avec des petits robinets efficaces . Il y en en a de très corrects surtout quand il s’agit de vins de pays , comme à Eubée, par exemple ou celui de Néméa en Argolide . Le seul problème c’est que nous avons maintenant de très grands verres à bord (achetés par Chantal ) et qu’il est bien difficile d’évaluer la quantité absorbée en fin de compte car il n’y a pas de niveau visible . Cela déculpabilise et j’aurais tendance à boire plus ainsi que les invités de passage,et je crois bien que j’abuse parfois, enfin c’est ce que semble penser ma dulcinée… Disons pour être tout à fait franc que je suis surpris moi même de la rapidité avec laquelle le tonnelet est vidé. Certes il y a de l’eau de source que nous stockons dans des petits bidons de 5 litres quand nous trouvons à les remplir, mais c’est surtout pour le thé et le café … Sur un bateau de rencontre, la co propriétaire a même interdit d’utiliser ces récipients pour un autre usage. A noter , par grande soif, nous ouvrons l’eau pétillante, elle désaltère mieux.
- les épices, la base de toute réussite. Un de nos placards n’est réservé qu’à cela. Il suffit de l’ouvrir pour avoir envie de faire la cuisine, et je ne suis pas de Marseille (bien que je n’ai rien en particulier contre ses habitants , disons le tout net , je n’ai pas envie de me coltiner plus d’un million d’individus en colère). Il y a du thym, du romarin, de la sauge, l’origan ramassés dans les îles ou achetés sur les marchés, des épices couscous , du curcuma, du curry rapporté de Londres par Céline, de la canelle pour parfumer les tranches de pommes en dessert,… Et cette année, cerise sur le gateau , nous avons ramené les épices de Roellinger quand nous sommes passés à Cancale : alors là mes petits amis cela change tout. D’abord humer un « grande caravane »„ une « poudre des vertus » ou une « poudre défendue » ouvre les sens et l’ imagination. Mais en plus savoir que le plat a été concocté avec une « poudre gallo »„ une « poudre serenissima » ou « un retour des Indes », c’est bien simple cela vous transporte dans une autre réalité. Parfois même il suffirait de découvrir ces arômes en se passant les flacons sous les narines , comme nous le faisons de temps en temps avec des équipages amis , pour oublier de passer réellement à table… Il faut savoir que nous avons rencontré le chef attitré de l’école de cuisine attachée à ces épices et qu’il nous a bien conseillé. Une grande partie de ces compositions du diable ont été assemblées pour la cuisine en mer.

La repas du midi : salade grecque adaptée à chacun, « dakos » pain crétois avec tomates en petits cubes, féta émiettée, capres , origan , huile d’olive.

Quelques recettes pour les grandes occasions 1) le poulpe selon Jacques:trois étapes.

  • La première , pas toujours la plus facile, en attraper un. Vu la surpêche locale et la folie des grecs à traquer tout ce qui bouge en mer, d’autant plus si c’est un céphalopode, il vaut mieux en acheter un tout congelé, c’est plus sûr. L’origine n’est pas locale mais une promesse est une promesse et les invités alléchés ne se contenterons pas d’une explication oiseuse du genre « pas de chance aujourd’hui, ce sont les aléas de la pêche, j’ai remplacé le poulpe pas du poulet… ». Si toutefois vous voulez vous y mettre, sachez que nous en avons déjà attraper plusieurs sur le Mayéro grâce à notre nasse et en plongée avec un fusil.
  • La deuxième étape,L’attendrissement de la bête. La battre sur un rocher , voire sur un quai, est un spectacle habituel dans les ports grecs . Pour Jacques, il suffit de la lâcher quatre vingts fois de la hauteur d’épaule pour cette opération. Quand les tentacules prennent la forme d’un trident depuis la tête, c’est terminé. Ou presque… En effet, il est recommandé de le frotter sur une surface rugueuse jusqu’au moment ou la mousse aura disparue .Tout ce travail, n’est pas necessaire quand le poulpe a été congelé. C’est juste pour info.
  • Troisième étape : la cuisson. Dans une gamelle sur diffuseur , faire suer doucement et longuement le poulpe dans de l’huile d’olive, en ajoutant 6/7 feuilles de laurier, 7/8 gousses d’ail, du poivre noir en grain. Les tentacules ayant tendance à être prêtes plus vite, il est préférable de les couper au fur et à mesure. Il suffit de les piquer à la fourchette pour se rendre compte du moment où elles sont cuites. A la fin de cette première phase, réserver les morceaux du céphalopode et utiliser le jus obtenu pour la cuisson des pommes de terre en morceaux si vous souhaitez faire le ragoût de Jacques. Sinon le faire réduire pour le faire à l’américaine avec du riz en accompagnement. Dans ce cas , faire fondre des oignons dans de l’huile , ajouter des tomates pelées et enfin le jus réduit. Pour notre part, cette deuxième façon de faire n ’est pas adaptée au bateau car trop énergivore. Prévoir un poulpe de 1,5 kg pour ¾ personnes et 2 kg pour 4/5 convives.


2) La « rocha  Mayero» : succulente salade à base de roquette sur laquelle nous disposons des pignons, des tomates séchées, du blanc de poulet grillé découpé en fines lamelles, de la pomme en petits morceaux , du fromage de chèvre ou de brebis, avec une sauce à base d’huile d’olive, du vinaigre balsamique et du miel.

3) Les secrets du couscous et de la ratatouille réussis : faire revenir tous les ingrédients les uns après les autres dans de l’huile d’olive en terminant par les aubergines gourmandes en oléagineux. J’ajoute l’ail ensuite. Pour le couscous j’utilise quand je le peux de l ’eau de mer dans une proportion de 1/3. J’ajoute toujours des herbes locales. Je fais gonfler le couscous avec le jus chaud de la « marga » et des raisins de Corinthe préalablement trempés dans une eau tiède pendant quelques heures.