Trop absorbée par le travail avant notre départ, je n’avais pas pris une seconde pour imaginer ce que seraient ces vacances, pour me renseigner sur la Grèce, sur le Mayéro, ni même pour ouvrir la « bible » des Glénants qui trône pourtant fièrement sur notre étagère depuis des mois. C’est donc en extrême débutante que je pose les pieds sur le pont du Mayéro. Mes connaissances de la voile sont limitées : Je sais distinguer la proue et la poupe, bâbord et tribord… Et puis c’est bien tout !

Ma première impression lorsque je rentre dans l’habitacle est : « Mais c’est très petit ! ». Une impression qui passera bien vite. Je m’apercevrai rapidement que même à quatre, il y a à bord suffisamment d’espace pour tout le monde, des coins et des recoins pour se rassembler, ou au contraire s’isoler le temps d’une lecture ou d’une sieste improvisée.

La salle de bain restera toutefois une pièce difficile à vivre pour un grand échalas comme moi, et ce pour deux raisons : l’impossibilité de m’y tenir debout (à moins de me tenir d’une certaine façon et de passer le haut de ma tête pas le tout petit hublot, ce qui me fait plutôt ressembler à une girafe essayant de manger la plus haute feuille de l’arbre) ; la seconde raison fut les toilettes, mais je vous expliquerai un peu plus tard pourquoi.

Ma seconde impression est : « c’est vraiment très chaleureux ». Le bois plutôt foncé qui meuble l’ensemble du bateau n’est pas pour rien dans cette impression, mais plus que ça, il y règne une atmosphère, la « patte » donnée par ses occupants qui lui confère indéniablement une âme. Les objets utiles à la vie de tous les jours côtoient les Tupperwares pleins de nourriture, de matériel informatique, de boîtes de médicaments et autres pinces à linge. Et partout, des livres, je suis dans mon élément ! Cela se sent, le Mayéro a vécu. Et cela se sent, le Mayéro vit. J’imagine aisément que chaque chose a sa place, mais j’imagine également très bien que tout est en constant mouvement dans ce bateau. Une lente révolution qui amènera sans doute la boîte de sardines à migrer doucement d’un équipet à un autre au fil des années.

Sitôt posé le pied sur le Mayéro, Chantal prend les choses en main et, tel un général en bataille, me montre les points stratégiques : là où nous allons dormir (nous avons l’honneur de nous installer dans la cabine des propriétaires, à l’avant), là où nous allons manger, les endroits où nous pouvons ranger nos affaires, les toilettes, notre petit panier pour ranger gel douche et brosses à dent, la chasse d’eau, les rouleaux de sopalin, les gants de toilette, lessive, serviette, poubelle, pompe pour l’eau de mer, pompe pour l’eau douce et bidon d’eau douce si cela ne suffit pas, thé pour le petit déjeuner, etc. Le tour du bateau est mené de main de maître et au pas de charge !

Les joies de la découverte

Aaaaah, les toilettes du Mayéro ! Ames sensibles s’abstenir, ce paragraphe pourrait vous effrayer (mais vous raterez une bonne tranche de rigolade) ! Dès mes premières minutes à bord, Chantal m’avait pourtant mise en garde : « Vérifie bien que la lunette des toilettes soit correctement fermée et bien placée avant d’actionner la chasse d’eau. Puis tu actionnes la pompe une quinzaine de fois environ, tu attends cinq secondes, puis tu actionnes à nouveau la pompe une dizaine de fois ». Car eh oui, à ma grande stupéfaction, dans un bateau, il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour tirer la chasse d’eau. Il vous faudra fermer HERMETIQUEMENT (retenez bien ce mot, il est important pour la suite) la lunette des toilettes puis actionner à la main une pompe qui va se charger d’aspirer, de broyer et de rejeter à la mer le résultat de votre visite aux toilettes. Et c’est là où le mot hermétique prend tout son sens. Car la pompe ne semble pas avoir bien compris qu’elle devait tout rejeter à la mer, et non pas dans l’autre sens ! J’ai ainsi découvert avec horreur au bout de deux jours sur le bateau que je n’avais pas her-mé-ti-que-ment fermé la lunette des toilettes. Ainsi, par un beau matin, soulagée et heureuse, j’ai commencé à pomper lorsque soudain, celle-ci s’est mise à pomper de l’air au lieu de l’eau de mer nettoyante et salvatrice. Incrédule, j’ai continué à actionner la pompe en espérant un « propre » retour à l’ordre, mais je n’ai fait qu’empirer la situation : la lunette des toilettes s’est mise à chuinter, à crachouiller et à clapoter, me restituant tranquillement en petits morceaux ce que je venais d’y déposer innocemment ! Après ouverture de la lunette et nettoyage des dégâts, je suis allée, toute penaude, trouver le capitaine qui m’a lancé en fronçant des sourcils « petit ou gros besoin ? » … Ben.. gros bien sûr, sinon c’est pas drôle… Autant vous dire que la seconde fois que ça m’est arrivé (sic, car oui, malgré toutes mes précautions et doubles vérifications systématiques, cela m’est à nouveau arrivé), j’ai préféré me… demmerder toute seule !!

La seule chose qui me fasse un peu peur est le fameux dicton « jamais deux sans trois ». Je n’entre à présent dans les toilettes qu’avec la plus grande circonspection, méfiance, méfiance… (écrit à bord du Mayéro, 3 jours avant la fin du séjour).

Les activités sur le Mayéro

Il faut bien avouer que sur ce coup, Nico et moi avons allègrement laissé le gêne de la glandouille prendre la place à bord ! Nous avions chacun prévu « un peu » de lecture (« deux tomes de 900 pages chacun, tu crois que ça suffira dis ? »), un bon polar, quelques magazines et autres Courrier International pour ajouter encore quelques lectures à nos lectures, deux masques (et un seul tuba, allez savoir…) et nos maillots de bain, le ton était donné. Au bout de quelques jours, il me semble que notre rythme très cool s’est peu à peu installé sur le bateau et notre capitaine a même fini par reconnaître : « Ah, j’ai pas l’habitude, mais c’est quand même vachement bien (de ne rien faire) !! ». Durant deux semaines, nous avons donc pratiqué assidument ce que l’on pourrait appeler le farniente absolu : réveil assez matinal (7-8h), petit déjeuner (hmmm, un pot de Nutella nous attendait à notre arrivée, une des nombreuses petites attentions de Jean-Marie et Chantal), lecture, baignade, sieste, déjeuner, lecture, sieste, lecture, baignade, dîner, lecture et au dodo ! Le tout émaillé de quelques tentatives (malheureusement infructueuses) de pêche et de quelques (finalement assez rares) excursions à terre : une balade à pied à Hydra, île sans voiture mais avec beaucoup de chats, un tour plein de promesses dans les rues verdoyantes de Spetses, quelques folies au marché d’Ermioni, une glace au chocolat qui m’a ravie dans la baie de Porto Rafti, un bar avec wifi à Marmari ! Nous avions en effet indiqué à nos hôtes que notre préférence allait aux mouillages tranquilles ou l’eau serait claire et les poissons nombreux. Et il faut bien le dire, nous n’avons pas été déçus ! Mes deux gros coups de cœur furent Dhokos et Pétalie, deux superbes mouillages où je me serais bien vue passer la totalité de ces vacances !

L’une de nos grandes découvertes durant ce séjour fut notre capacité à nous immerger de longues heures dans une grille de mots fléchés, pour varier de nos lectures. Inn, ru, ut, dé, erg, si vous êtes féru de mots fléchés, vous reconnaitrez immédiatement quelques uns des indispensables à connaître impérativement si vous souhaitez un jour terminer une grille sans tricher. Nous avons même unis nos forces pour résoudre à nous quatre une grille de mots fléchés plus difficile. Ah c’est sur, tous ensemble, ça dépote !

Les repas sur le Mayéro

Pour ne pas déroger à la règle, j’appartiens à ce groupe bizarre de filles qui se trouvent toujours un ou deux kilos en trop (bon, sept ou huit en l’occurrence, mais passons). Je comptais bien sur ces vacances sur le Mayéro pour manger « light », nager énormément et fondre comme neige au soleil. Ce que je n’avais pas forcément prévu, c’est que 1/j’allais me régaler et donc manger de tout et en grandes quantités, le tout généreusement arrosé d’huile d’olive délicieuse et agrémenté de feta non moins bonne ; 2/ finalement, un bon bouquin, c’est bien non ? J’irai me baigner tout à l’heure, c’est promis. Ah, j’ai dis que j’irai me baigner aujourd’hui ? L’eau est un peu froide là, non ? J’irai demain, c’est promis… Au menu, notre capitaine nous a donc régalé de nombreuses salades (concombres, feta, olives noires, poivrons, tomates, haricots rouges, etc.), de maquereaux grillés, poulet au romarin et pommes de terre nouvelles, de son fameux couscous et j’en passe et des meilleures. J’ai toutefois un énorme faible pour les dakos (du pain dur spécial à l’orge ou épeautre, légèrement humidifié avec un peu d’eau, des tomates découpées en petits cubes, de la feta émiettée, quelques câpres, de l’huile d’olive et quelques épices (sel, poivre et origan). Tout simple, et à tomber par terre, tout simplement !

La navigation (ou la peur du mal de mer)

Car je vous l’avoue, la seule chose qui me faisait peur avant de partir n’était pas la grosse voix du capitaine mais le mal de mer. J’avais pourtant débuté du bon pied (marin) car mes premiers pas se sont quasiment faits à bord d’Apis, un voilier que mes parents ont possédé avant que s’installer en Dordogne. Malheureusement, mes rarissimes expériences ultérieures se sont soldées par des échecs plutôt cuisants (allers vomir à l’arrière d’un bateau pendant que tout le monde prend des photos de baleines à l’avant n’est pas à franchement parler un succès !). Heureusement, Jean-Marie et Chantal ont tout mis en œuvre pour démarrer en douceur par des navigations courtes de mouillages en mouillages, et Poséidon a été bonne pâte sur ce coup là. Nous avons donc eu un temps superbe et des conditions de navigation vraiment bonnes pendant tout notre séjour. L’occasion de découvrir les qualificatifs que l’on attribue à la mer en fonction de son humeur : elle peut être calme, ridée, belle, peu agitée, agitée, forte, très forte, grosse, très grosse et enfin enorrrrrrme !

Notre première navigation le lendemain de notre arrivée fut l’occasion pour moi de découvrir quelques termes exotiques (s’entend, pour une Dordognaise plutôt habituée à parler brou de noix et foie gras) : un bout (prononcez « boute » et ne dites surtout pas « corde »), une écoutille, l’amarre, les drisses, l’orin, le génois, le mat d’Artimon, le winch, le taquet, le taud, la barre, l’annexe, les pare-battages, les filières, etc. etc.

L’occasion également de m’enseigner mes premiers nœuds : le nœud de taquet (les doigts dans le nez), le nœud de cabestan et le fameux nœud de chaise. Bizarrement, ce sera le nœud de cabestan, pourtant réputé plus simple, qui me posera problème pendant toutes ces vacances. Il fallait me voir tirer la langue en essayant de me rappeler vainement où ce truc de fichu bazar devait passer pour que… Uuuuhhhh grmblblblblb !! L’un des moments forts que je retiens de nos navigations restera le moment où, une fois que les voiles sont mises, on coupe le moteur pour n’avancer qu’avec le vent. Le « silence » se fait alors, rythmé par le bruit des vagues contre la coque. C’est un moment assez magique, il faut bien le dire… Ah, j’oubliais, avec tout ça, les navigations m’ont parues tellement naturelles que j’en oublierai presque l’essentiel : à aucun moment je n’ai eu le mal de mer !

Un mot sur l’art du mouillage. Car mettre son bateau à l’ancre dans un mouillage requiert des connaissances bien particulières et un certain feeling qui me dépassent. J’imaginais qu’arriver quelque part en bateau se résumait à peu près à « pof, t’arrives, pof, tu descends ton ancre (et accessoirement, pof, tu te sers un Ouzo) » . C’est bien sur sans compter sur « quelques » petites considérations annexes. Il faut dans un premier temps tenir évidement compte de la profondeur. En effet, la longueur de chaîne ne sera pas la même si le fond est à trois mètres ou à vingt mètres du bateau (ah bon ?…). Il faut également tenir compte de la nature des fonds. En effet, l’ancre n’accrochera pas de la même façon sur du sable, de la vase ou des rochers (ah, ok…). Il faut ensuite tenir compte du vent, de sa force et de sa direction. En effet, si le bateau semble éloigné des rochers en arrivant mais que le vent tourne, le bateau peut alors tourner avec le vent et se retrouver dangereusement proche de la côte. Il faut enfin tenir compte de tous les autres bateaux autour car eux aussi sont amenés à tourner en fonction du vent. Il faut donc prévoir une distance de sécurité et ne pas venir se coller contre un autre bateau (et défendre son territoire si un autre bateau vient se poser trop près). Il faut bien sur éviter de poser son ancre sur celle de quelqu’un d’autre afin de ne pas se retrouver avec un sac de nœuds (enfin, un tas de chaînes) au moment du départ.

L’un de moments fort du séjour restera pour moi lorsque Jean-Marie déboule à l’avant du Mayéro, le sourcil en broussaille, pour invectiver l’impertinent qui oserait s’approcher de trop près par un virulent : « My anchor is here !! »

Enfin, quelques photos

en vrac pendant quelques jours, et ensuite, on les titrera et classera

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