Pour les marins et les voyageurs

Le grand port de Limenas est très bien protégé et très calme. Il y a vraiment beaucoup de place et nous avons été « alongside » toute une semaine. Quand nous sommes partis , il n’y avait plus de voiliers. Il est possible de laisser son bateau plusieurs jours pour visiter l’île et même le continent car les ferries sont nombreux et bon marché. Le port est gratuit. Par contre il ne faut pas trop compter sur d’autres mouillages et ports accueillants autour de Thasos.

L’ile est très touristique et dispose de ce fait d’une infrastructure d’accueil dont nous pouvons profiter hors saison : les bus sont nombreux et tournent toute la semaine (il est même possible d’avoir des billets open pour faire le tour de Thasos d’un sens et de l’autre pendant une journée) ; les locations de voiture sont d’un prix raisonnable ; les boutiques sont ouvertes tous les jours et l’accueil est sympathique ; les sentiers de randonnée sont nombreux et il y a des cartes détaillées ; les routes sont en excellent état, mais nous préférons les pistes (comme toujours…) et celles de Thasos sont plutôt gratinées !

Petite anecdote en ces temps de crise grecque: la plus belle route, toute neuve , à flanc de montagne, de plus de10 km, rejoint un village du centre à un petit monastère perdu. Cette réalisation assez ubuesque, à peine ouverte est déjà bien abîmée à certains endroits car les fortes pluies qui ne sont pas rares dans cette région, ont déjà emporté des tronçons …

balcon et parasols au sud de Thassos chantier naval traditionnel Fleur sur  le littoral Berger musicien Monsieur à son balcon (Théologos) Affichage des prix dans un café lézard se rélassaant à Pronos Entrée maison traditionnelle Theologos

La beauté des paysages

D’abord des platanes énormes dont certains très anciens bordent des chemins et des rivières pendant plusieurs kms. Ils font la fierté de l’île et les places sont souvent ombragées par des arbres plusieurs fois centenaires… Des noyers en grand nombre autour des villages du centre, ainsi que des arbres fruitiers sur des prairies fleuries en terrasses…

Bref, il y a de nombreux feuillus, mais les belles forêts de pins couvrent une surface non négligeable et certaines d’entre elles descendent doucement jusqu’à la mer. Elles sont surtout exploitées par les apiculteurs qui en tirent un miellat excellent.

Des rivières et des cascades qui coulent toute l’année ; du coup il faut bien accepter qu’il pleuve régulièrement (durant notre séjour, il y a eu des orages 4 jours sur 6 !). Cette caractéristique n’est pas nouvelle : au VII ème avant JC, le général de Paros qui venait d’en prendre possession la nommait déjà « l’île brumeuse »

Nous avons pu trouver facilement des petites criques qui, pour prendre des bains mérités après nos escapades de journées ,qui , pour enrichir sa collection de galets ; et bonnes surprises, à cette époque les plages sont désertes et propres (visiblement les autorités de l’île font passer des engins de nettoyage)

Les plaines côtières sont fertiles mais malgré la renommée antique de Thasos pour ses vins, nous n’avons pas vu beaucoup de vignes, mais plutôt des milliers d’oliviers, dont certains très anciens, bien entretenus et irrigués . Les parcelles sont le plus souvent grillagées : est-ce en raison d’un sens de la propriété accrue ou plutôt de la protection contre les ovins et les caprins ??? un peu des deux sans doute !

Les principales productions agricoles sont sans aucun doute l’huile d’olive et les olives, le miel , les fruits dont beaucoup sont conservés dans du sirop de miel, maraîchage et semble t’il volailles et chevreaux qui sont au menu de toutes les bonnes tavernes, et que nous avons vus régulièrement dans les campagnes.


Platanes le long d'un ruisseau à Castro les sous bois de feuillus à Thassos sous bois pres de Castro Cascade près de Castro campagne à Pronos chemin creux à Pronos Plage privée... pour nous seuls ou presque bateau de pêche à Aliki Apiculteurs à l'oeuvre ruches remarquables

L’archéologie et l’histoire comme nous les aimons

Il suffit de se balader dans la ville principale pour découvrir à chaque coin de rue les vestiges de 2500 années d’histoire de la cité. Les sites sont tellement intégrés à la vie locale qu’ils sont souvent utilisés par les enfants comme terrain de jeux et que les habitants s’y promènent le soir venu. Ici un reste du mur d’enceinte avec une magnifique porte, là, un temple, ailleurs le théâtre, derrière le port , l’agora avec ses belles colonnes parmi les platanes et les tilleuls aux senteurs proches du jasmin… C’est un enchantement de découvrir ce que fut la splendeur de cette civilisation en portant son regard sur toutes ces richesses et plus globalement sur le cadre qui fut délimité par une mur de 4 km épousant les contours de ce cirque naturel . Au plus haut les restes imposants de la tour génoise rappelle s’il le fallait que cette civilisation faisait des envieux et que le danger d’être envahi était une véritable préoccupation.
vue du théatre Thassos La magnifique agora de Thassos

Mais il faut quitter cette ville et visiter l’île . Au delà de ses plages et criques magnifiques, mais parfois un peu envahies , il y a d’autres sites . Au sud Aliki habité depuis des milliers d’années , avec ses maisons aux toits de lauses perdues dans les oliviers . Une belle randonnée balisée de deux heures permet de voyager dans l’histoire : restes de temple grec, églises du IVème siècle , mais surtout l’impressionnante exploitation des carrières de marbre à travers les âges qui laissent des traces visibles tout au long de cette péninsule : terrils de déchets, trous creusés dans la roche pour fixer les engins de levage, cavités permettant aux bateaux de charger les blocs, carrières le long de la côte et à l’intérieur et surtout le plateau à demi submergé au bout de la péninsule qui fut un des plus grands gisements exploité par les byzantins. Quelques panneaux bien placés fournissent les clefs nécessaires à la compréhension .
Le site d'Aliki prés des carriéres carriére, période grecque La carriére de marbre a dévoré le sud de la péninsule d'Aliki. schéma d'exploitation de la carriére (époque byzantine) carriére moderne



Autre voyage dans le temps : les villages de l’intérieur. Tout d’abord Théologos qui fut la capitale pendant de longs siècles ; ce déplacement du centre est commun à toutes les îles de la mer Egée : c’était le seul moyen de lutter contre les envahisseurs et les pirates . Bien sûr, la sécurité étant revenue , l’implantation stratégique de ces lieux reculés a perdu de son importance. De plus la vague d’émigration d’après guerre a vidé ces villages de nombreux habitants. Et les maisons sont restées telles quelles des dizaines d’années. Et c’est une chance car maintenant leur restauration est au goût du jour . Cette démarche de réhabilitation initiée au départ par des étrangers est relayée par les habitants eux- mêmes. Nos randos dans ces villages et aux alentours nous ont ramenés cinquante ans en arrière, à l’époque où l’organisation rurale avait peu évoluée depuis longtemps. Mais il ne faut pas tomber dans le passéisme et l’admiration béate des valeurs rurales d’antan. Les outils présentés dans les musées locaux montrent à l’évidence que le travail manuel était très dur, les récoltes incertaines, les perspectives de changement s difficiles. Il n’y a pas de paradis perdu et ceux qui sont partis avaient forcément de bonnes raisons de le faire.
Autre maison bleue à Théologos Maison bleue à Théologos

Il n’empêche pour le plaisir des yeux et de l’ambiance, le village que nous avons préféré est Prinos : ses maisons de type balkanique sont belles et parfois bien restaurées ; beaucoup d’habitants y résident à l’année ; un tour dans les sentiers autour du village permet de comprendre l’ancienne organisation économique (captation des eaux , répartition des parcelles étagées, chemins encaissés , type de culture, exploitation de la forêt…) . Tout cela demandait un sacré travail d’entretien des murets, des vergers. Et nous vous prions de croire qu’il fallait de bonnes jambes pour passer ses journées dans ces hauteurs…
maison à Pronos Fontaines Eglise de Pronos Eglise de Pronos Mousses sur toit de l'église de Pronos

En fin de parcours, une visite au musée s’impose. Initié par l’école française d’archéologie en collaboration avec le ministère grec de la culture , cet endroit est un formidable exemple de mise en valeur de toutes ces marques du passé . Didactique et accessible à tous, il présente les différentes phases de développement de l’île depuis la préhistoire jusqu’à la période byzantine. Nous y avons passé plus de 3 heures et nous en redemandons .

Dyonisios (IVème avant JC) Pégaze (?) Période  grecque le mussée est bien présenté et richede belles pièces, ici l'empereur Diocletien

C’est pourquoi vous n’échapperez pas à une petite présentation historique de Thasos.

20000 avant JC, l’ile n’existe pas. .. Elle est rattachée au continent et elle est déjà habitée de façon continue. Il faut lire les bouquins de Hoel pour se rappeler que nous sommes en période glaciaire. Il faudra attendre plusieurs milliers d’ années plus tard la fonte de l’immense glacier qui recouvrait le nord de l’Europe et de l’Asie pour voir le niveau de la mer remonter et redessiner les côtes. Nous avons constaté notamment ce phénomène dans le golfe du Morbihan où des champs de menhirs étaient noyés sous plusieurs mètres d’eau… Devenue île, une civilisation néolithique remarquable s’y déploie et les échanges avec les autres îles de la mer Egée existent : de l’obsidienne de Milos, qui sert à fabriquer des outils, est retrouvée sur les sites mis à jour.

A l’époque de bronze et encore plus à l’époque de fer, de nombreux sites archéologiques attestent de la présence des hommes et témoignent des échanges nombreux avec le continent et le reste de la mer Egée.

Au VII ème siècle avant JC, l’île est colonisée par des habitants de Paros. La légende précise que c’est sur l’ordre d’Apollon que tout ce remue-ménage eut lieu. L’opération réussit et ce dieu sera par la suite le protecteur de l’île. Ces nouveaux venus du sud, participaient à l’extension du monde hellénistique : au même moment les habitants d’Eubée s’installaient en Chalcidie , là où se trouve le mont Athos,( De Chalchis, capitale d’Eubée) .Grâce à la découverte de gisements d’or, de l’exploitation du marbre et à la production d’un vin fameux réputé dans tout le monde grec, Thasos devient un empire maritime. Cette aventure va durer plus de 12 siècles, une paille.

Une leçon de pragmatisme

Malgré quelques erreurs stratégiques au moment des grands troubles de l’histoire grecque et romaine, les thasiens ont toujours su gérer leur barque et leur opportunisme laisse pantois : tantôt allié de Xerxes, d’Athènes, de Sparte, même quand ils choisissent le mauvais cheval, ils s’en remettent quelques années plus tard. Ainsi quand elle choisit Sparte, sa flotte est vaincue par celle d’Athènes… Les trirèmes sont confisquées, le port démantelé, le commerce amputé, et pourtant peu de temps après, l’île a retrouvé sa superbe et devient l’alliée de son ancienne rivale.

Pour imaginer la puissance de Thasos. La ville principale est ceinturée du côté continent par un mur d’enceinte de 4 km de long . Les restes de ces fortifications qui ont été mises à jour sont formidables. Au Vème siècle , lors de la guerre avec Athènes, le port militaire possédait des hangars pour abriter 60 bateaux de guerre. D’ailleurs nous avons appris que ces navires fabriqués en pin devaient être mis au sec très souvent ,car ils se gorgeaient d’eau et devenaient immanœuvrables. Le port de commerce, ouvert, était une vraie fourmilière : des lois furent édictées pour réguler ce qui était devenu une vraie foire d’empoigne. Le théâtre pouvait accueillir 3000 spectateurs , ce qui laisse supposer que pour la ville principale, il devait y avoir plus de 20000 âmes. A partir du IIème siècle, sous l’aire romaine, l’île jouit d’une grande indépendance même si elle se romanise vite fait , bien fait. Après l’occupation Athénienne et suite à des troubles internes, Thasos se dote du même régime dit « démocratique » que son alliée. Une assemblée de 360 élus gère les affaires publiques. Parmi les magistrats chargés de la mise en œuvre des décisions, il y a un gymnasiaque responsable de la jeunesse et des sports !!!

Pendant la période byzantine, l’île devient possession de Constantinople. L’extraction du marbre bat son plein. Les génois se la voient confier à la fin du règne des empereurs. Ils renforceront les fortifications de la ville. Il faut dire que l’aubaine était trop forte pour ces commerçants italiens qui se tiraient la bourre avec les vénitiens pour avoir le monopole du commerce avec la mer noire.

A la chute de l’empire byzantin, l’île a beaucoup perdu de sa superbe, elle sera l’objet d’attaques de pirates et autres aventuriers qui l’obligeront à décentrer la capitale au centre de l’île ;Elle devient grecque en 1913, comme le reste de la Macédoine et de la Thrace.

Et pour finir quelques oeuvres du sculpteur qui est originaire de l’ile, qui a vecu à New Yorket qui a donné pas mal de ses créations à la Grèce. Nous aimons beaucoup.
"Homme " de Vagis tête d'homme par le sculpteur Vagis Poisson sculpté sur galet de Vagis poule par Vagis