La petite baie de FazzioPlutôt que d’opter pour un séjour marathon qui nous aurait permis de faire le tour de l’île sans nous attacher à un lieu en particulier, nous avons choisi de nous consacrer à la découverte de petits coins paradisiaques et d’en profiter pleinement. Quite à ne pas tout voir, mais avec la promesse de revenir plus tard.

Comme nous ne savions pas forcément où poser nos valises (“le sud”, ok, ça donne une idée, mais c’est encore un peu vaste), nous nous sommes laissés guidés par les opportunités de locations vacancières que nous avons déniché sur le bon coin quelques semaines avant le départ. Bien nous en a pris. Cette démarche nous a permis de découvrir une bergerie fantastique perdue dans le maquis du côté de Bonifacio pour notre première semaine, et un petit appartement caché dans les montagnes de l’Alta Rocca pour la seconde. Cela nous a également permis de faire la connaissance des propriétaires, Pascal, “bonifacien avant d’être Corse” qui nous a offert du rosé et des aubergines à la bonifacienne le jour de notre arrivée, et Monsieur et Madame Pietri, vieux couple charmant et un peu bavard, nichés au coeur de leur montagne. Ils nous ont tous donné de très bons conseils sur les choses à faire, les lieux à visiter, les bons restos, etc.

La première semaine fut un peu ventée, ce qui nous a empêché de sortir notre kayak, et un peu nuageuse, ce qui nous a permis de ne pas subir de choc thermique trop brutal. Bref, il faisait bon, nous n’avons pas eu de pluie, pas trop de soleil, un temps i-dé-al pour crapahuter.

Semaine à la mer :

Fraîchement arrivés d’Ajaccio un dimanche matin, nous nous étions donné la journée pour descendre jusqu’à notre bergerie bonifacienne, à la pointe sud de la Corse. Sur la route, nous avons eu l’occasion de visiter Filitosa, le plus vieux site mégalithique de Corse. Nous n’avions sans doute pas encore la tête aux vacances car les quelques “gros cailloux” dressés dans un champ pelé nous ont laissé quelque peu dubitatifs sur le coup.

L’arrivée à notre bergerie en fin d’après-midi nous a emerveillé. Imaginez : un petit chemin s’enfonçant dans le maquis, droit vers la mer, et au détour d’un olivier, une petite bergerie entièrement rénovée rien que pour nous. Rien à droite… rien à gauche… et la mer pour horizon. Les odeurs incroyables et totalement nouvelles du maquis, le silence du vent dans les branches des myrtes et des oliviers (et quelques cochons la nuit, paraît-il, mais nous devions avoir le sommeil trop lourd).

Le site préhistorique de Filitosa Notre bergerie et la Trinité en arrière-plan

Le lendemain, nous nous sommes laissés aller au rythme corse avec une marche d’une quarantaine de minutes entre la baie de Paragan et la baie de Fazzio. Arrivés dans la baie de Fazzio, Nico, courageux, s’est mis à l’eau avec masque et tuba pendant que je bouquinais emmitouflée dans mon pull. Je me souviendrais longtemps du sourire jusqu’aux oreilles de Nico ressortant de l’eau et me disant qu’il venait de faire “l’une des plus belles plongées de sa vie”, excusez du peu !! Seiche, poulpe, mérous, bars, gros sars, petites girelles curieuses, mulets, aubades, rougets barbets et crénilabres étaient au rendez-vous. Le soir nous a vu flâner à Bonifacio (noir de monde en été, très vivable en septembre) et sur la montée Saint-Roch qui nous a offert un beau point de vue sur la vielle ville posée sur ses fameuses falaises calcaires. Nous avons appris depuis que le “patois” Corse parlé dans le port n’était pas le même que le Corse parlé dans la ville haute. Comment voulez-vous qu’on s’y retrouve ?

Vue matinale depuis notre bergerie La plage de Paragan est protégée. Algues séchées = pas de touristes Cimetière de Bonifacio Bonifacio - Détail de façade Citadelle de Bonifacio Les fameuses falaises calcaires de Bonifacio

Encouragés par notre première petite virée de la veille, nous sommes partis directement de notre bergerie le lendemain pour une randonnée de 4 heures autour de “la Trinité”. Fantastique balade odorante au milieu du maquis, où on ne perd jamais la mer de vue, où les chemins en sable le long de la plage alternent avec des sentiers rocailleux dans des amas de roches granitiques allant de l’orange au rose en passant par toutes les nuances de brun et de gris. Nous en sommes revenus fourbus mais en-chan-tés, de plus en plus ragaillardis par notre forme physique, pas si mauvaise que ça, par les rencontres de tous poils (des sauterelles, des hélicoptères et 4 randonneurs en 4 heures), les odeurs de romarin enivrantes, les vues enchanteresses, le calme, la sérénité et la beauté des lieux. Bref, que de superlatifs, mais promis, le coin les méritait amplement !

Randonnée de la Trinité Petite crique dans la rando de la Trinité Entre le Cap de Feno et la Trinité Oursins et crique sur la randonnée de la Trinité Randonnée de la Trinité - Vers le Cap Di Feno Phare de Feno Chemin du littoral en revenant vers la Trinité

Nous avons donc naturellement enchaîné le lendemain par une autre balade jusqu’au phare de pertusato, qui nous a permis de jouir de la plus belle vue sur les falaises de Bonifacio sans prendre le bateau. Ont suivi une nouvelle balade dans le port et la ville haute de Bonifacio. Puis le lendemain nous avons passé la journée les baskets aux pieds, dans les petits chemins du littoral qui nous ont menés de Paragan à Bonifacio et retour.

Randonnée du phare de Pertusato Porte du phare de Pertusato Entre Fazzio et Paragan Randonnée entre Bonifacio et Paragan Les bouches de Bonifacio La petite baie de Fazzio

Nous voulions nous offrir un bon restaurant le soir et, sur les conseils de notre hôte Pascal, nous avons réservé une table au domaine du Licetto. Mais… quelle EXPERIENCE ! Parce qu’on ne peut pas vraiment appeler ça un repas, franchement. Imaginez un restaurant dans lequel on vous accueille à la bonne franquette et, sans vous montrer de carte ni vous demander votre avis, on vous sert des plats typiquement corses à vous damner tellement c’est bon. Imaginez une soupière pour 6 personnes, remplie de soupe corse avec carottes, pommes de terre, poireaux, haricots blancs, courgettes, pâtes, lards, et j’en passe. Bon, vous admettrez avec moi qu’on se doit d’honnorer un tel délice en finissant la soupière. Imaginez ensuite, l’estomac déjà repu, qu’on vous serve un plat de succulentes lasagnes au brocciu. Même combat, il faut finir le plat et se lécher les doigts. Imaginez ensuite que sous vos yeux ébahis (et plus que rassasiés), on vous amène un civet de sanglier puis, histoire de vous achever, un plateau de fromages corses de la taille d’un terrain de football, puis du gâteau corse histoire de vous faire rouler sous la table. Ajoutez à tout cela les convives qui s’interpellent d’une table à une autre pour savoir ce qu’ils ont dans leurs assiettes (le chef fait les plats en fonction de ce qu’il trouve au marché et adapte ce qu’il sert en fonction : certains auront donc de l’agneau, d’autre des aubergines farcies, d’autres du poisson ou du sanglier). Ajoutez également deux gros costauds qui sortent les guitares et le patron qui sort de sa cuisine pour pousser la chansonnette et vous aurez une idée de l’ambiance solaire de cette soirée rabelaisienne. Alors, n’allez pas vous imaginer que nous avons eu des chants corses, eh non, nous avons tous entonnés en coeur avec le patron des maisons bleues adossées à la collines, des Capri, c’est fini, pour terminer avec un “ils ont les chapeaux ronds” du plus bel effet ! Bref, si vous n’étiez pas encore convaincus… nous avons passé une super soirée ! :) Ca fait un peu beauf dit comme ça, et pourtant, ça ne l'était pas du tout... Bon, en même temps, me rappelle Nico, un beauf ne sait pas qu'il est beauf, alors...)

Le vendredi, le vent avait décidé de nous offrir une trêve afin que l’on puisse faire un baptême de plongée aux îles lavezzi, un petit archipel d’îlots entre Bonifacio et la Sardaigne. Sur les conseils avisés de Pascal, nous avons fait la traversée et la plongée avec le club barakouda. Instants magiques. Arrivés sur le lieu de la plongée, le patron, Gérard, a bien pris le temps de nous brieffé sur ce qui allait se passer, comment ça allait se passer, ce que nous allions voir, etc. Il nous a ensuite demandé si certains d’entre nous avaient des appréhensions. Je me suis désignée d’une petite main timide, ce qui m’a valu de faire la plongée directement avec lui (Nicolas l’a fait en parallèle avec un autre moniteur), et de faire une plongée tout simplement extraordinaire. Pour quelqu’un qui n’était jamais allée plus loin que le bout de son doigt sous l’eau, j’ai vécu une plongée fantastique au milieu des mérous qui sont venus se faire caresser, retourner et nourrir (j’y ai laissé des bouts de doigts), au milieu des anémones qui s’aggrippent, des éponges rouges, des limaces violettes et des nacres qui se referment quand on les caressent. L’impression d’être dans un film de Cousteau est quand même une expérience extraordinaire…

Le lendemain, nous nous sommes tranquillement remis de nos émotions en quittant notre bergerie, direction Porto-Vecchio, avec une halte paradisiaque sur la plage de Rondinara. Plage qui doit être un enfer en été, mais dont les eaux pures et cristallines nous ont catapulté aux Caraïbes l’espace d’un après-midi. Notre semaine maritime se terminait là, cap sur les montagnes !

Le domaine (inoubliable) du Licetto Les iles Lavezzi Gérard nous emmène plonger aux îles Lavezzi Baptême de plongée aux îles Lavezzi Camille essaye d'imiter le Mérou Fatigués, mais heureux ! Plage de Rondinara Les Caraïbes ? Non, la plage de Rondinara

Semaine à la montagne

Sans le savoir nous avons loué un petit appartement charmant jouissant d’une vue imprenable sur un beau massif et à deux pas des aiguilles de Bavella, l’un des plus beaux points de vue de l’île (mais à la réflexion, il y a environ 15 000 endroits dont on peut dire la même chose en Corse, je suis sûre !). Paccionitoli, tel est le nom de notre petit havre de paix, et nous mettrons au moins une semaine à réussir à le prononcer convenablement…

Le lendemain de notre arrivée, le temps n’était pas à la fête et c’est sous la brume puis la pluie que nous avons fait notre première randonnée en montagne vers la cascade Piscia di Gallo (pisse de coq). Mais quel plaisir incommensurable de se mettre sous une bonne douche chaude après un bel effort physique, puis de se couler sous une couette et de se mettre au coin du feu dans notre petit appartement en regardant la brume grimper et redescendre le long de la montagne…

Randonnée de piscia di gallo dans la brume Randonnée de piscia di gallo dans la brume La brume envahi la vallée La météo est changeante dans notre vallée

Requinqués et de plus en plus motivés, nous sommes partis le lendemain pour une longue randonnée endiablée sur le plateau du Coscione. Ce plateau est un petit coin de paradis, des pelouses d’altitude perchées à 1500m où la fonte des neiges génère un paysage de landes écossaises traversées de pozzines reliées par de petits ruisseaux qui enchantent nos oreilles en s’écoulant tranquillement. C’est le domaine des moutons, des vaches, des chevaux en liberté et… des cochons ! Attention, comme dirait Occatarinetabellatchixtchix à Obelix, il ne faut pas confondre sangliers apprivoisés et cochons sauvages ! Notre rencontre avec l’un d’eux fut d’ailleurs quelque peu douloureuse. Curieux, ce dernier s’est approché de notre voiture et a tout simplement… mordu dedans ! Ce qui n’a heureusement en rien entamé notre motivation pour cette randonnée de plus de 4h durant laquelle nous avons même emprunté un bout du GR20 et qui s’est terminée dans les nuages. C’est simple, plus nous marchions, plus nous avions envie de marcher, et plus nos sourires s’élargissaient !

Les aiguilles de Bavella vues depuis Zonza Sur le plateau du Coscione Sur le plateau du Coscione Rencontre sur le plateau du Coscione Dur dur la vie de cochon sauvage... Sur le plateau du Coscione Sur le mythique GR20 Sur le GR20... Rencontre sur le plateau du Coscione

Hyper oxygénés, hyper motivés, hyper réveillés, voilà dans quel état Roberto, le guide qui nous a accompagné faire du canyoning dans les gorges du Pulischellu nous a trouvé le lendemain matin. Ca tombait bien, parce que de la motivation, il en fallait pour se lever à pas d’heure, avec un vent à décorner un cochon corse. Hop, enfilage de combinaison mouillée, petite marche d’approche et c’est parti pour le grand tobogggggggan, puis un saut, puis un toboggan, puis nage dans vasque d’eau cristalline, puis saut (9 mètres pour Nico, quand même !), puis toboggan… Bref, et ce pendant 3 heures… Le final était assez grandiose mais impossible à expliquer, il faudrait voir les vidéos. Disons seulement que c’était… renversant !

Continuant sur notre hyper motivation, nous avons enchaîné à nouveau le lendemain avec une randonnée au départ des aiguilles de Bavella vers le “trou de la bombe”. Randonnée affichée en 3h que nous avons “expédié” en 1h20 (escalade finale comprise). J’ai toujours regardé avec des yeux de merlan frit les personnes qui faisaient des chemins de randonnée en courant… et bien pour une fois, les yeux de merlan frit, je les voyaient sur les visages des personnes que l’on croisait. He oui, nous étions tellement pleins d’énergie que nous avons fait des parties du chemin en petites foulées :) Cette expédition éclair nous a laissé le temps de faire la visite du petit village perché de Sainte-Lucie de Tallano et un tour au bains de Caldane, jacuzzis naturels alimentés par une source d’eau légèrement sulfureuse à 38°.

Canyioning Canyioning Canyioning dans les gorges du Pulischellu Vue sur la vallée depuis les aiguilles de Bavella Vue depuis le col de Bavella vers Porto-Vecchio Randonnée du trou de la bombe Le trou de la bombe Sainte-Lucie de Tallano

Le lendemain, veille de départ, et petite randonnée entre Paccionitoli et Zonza, puis arrive le jour du départ qui fut tout de même bien rempli car après avoir quitté notre appartement, nous avons traversé le sud pour rejoindre, via Sartène, Ajaccio, avec une halte sur la plage de Portigliolo, suivi d’une glace et d’une séance bouquinage à Campomoro, un endroit plein de très bonnes ondes qui m’a fait extrêmement envie pour un futur retour dans le coin...

Plage de Portigliolo Plage de Portigliolo Farniente sur la plage de Portigliolo Farniente à Campomoro A bientôt...