La casa de Pilatos , le palais des Vénérables construit pour les vieux jours du clergé (ils ne se mouchaient pas du pied!), le palacio de la condesa de Lebrija et j’en passe et des meilleurs. Le style Mudéjar est né de la rencontre des arabes qui avaient développé une des plus belles civilisations en Espagne et des catholiques qui ont repris le pouvoir progressivement jusqu’à la fin du XVéme… Les armées arabes sont parties mais pas les architectes ni les artisans qui se sont mis au service des nouveaux venus. Les “arabesques” , qui demandent un grand savoir faire, sont partout inscrites dans les plafond, les patios, les grilles en fer forgé, la forme des fenêtres. Les jardins, dans cette région, où l’été est super sec, ont bénéficié de l’extraordinaire maîtrise arabe de l’irrigation. Les nombreuses fontaines et bassins sont autant de témoins de cette technique Et tout cet art a perduré et s’est enrichi au fil des siècles. Et pas seulement dans les palais… Il faut voir les azulejos (carreaux de faïence décorés) et l’évolution de cet art pour comprendre comment les sévillans, et les habitants de la péninsule ibérique ont fait leur ce extraordinaire mode de décoration. Comme pour le patio issu de l’atrium des villas romaines, les “maures ” se sont inscrits dans la tradition latine en voulant copier les mosaïques grâce à des murs de carrelage mural. Au départ, il n’y a pas de représentations figuratives car c’est interdit par le Coran , mais au fil des siècles, les personnages et même les scènes de la vie sont de plus en plus présentes. Si les grandes fabriques de céramique n’existe plus, les petits ateliers dans le quartier de Triana sont encore ouvertes. Mais la crise est passée par là et certaines d’entre elles ont déjà fermé.
Même sous la pluie les balades sont toujours riches et à la nuit tombée les rives du canal de Guadalquivir sont très vivantes. Certains sévillans regrettent les ruptures avec les réalisations architecturales d’aujourd’hui; la Metropol Parasol en bois et la tour immense font polémique , au point même que l’Unesco brandit la fin de statut de patrimoine mondial décerné à la ville. Il faut dire que les restes de l’exposition mondiale de 1992, à l’occasion du quadruple centenaire de la découverte des Amériques par Christophe Colomb, ne nous ont pas paru très intégrés dans la cité, avec de grands parkings en piteux état et ses bâtiments peu utilisés, contrairement à la Place d’Espagne qui avait servi de décor à l’exposition de 1939 . Tant pis nous finirons par un clin d’oeil au monument dédié à la tolérance, ce qui nous semble vraiment une belle perspective pour une ville qui a connu tant de souffrances dues au fanatisme religieux et à la violence contre les autres civilisations.